Ecologie, Environnement

Le bocage, un milieu qui ne « haie » pas la biodiversité

Aujourd’hui, le bocage est défini comme un paysage anthropique (créé par l’Homme), caractérisé par la présence de haies qui clôturent les prairies ou les cultures. Ces parcelles sont souvent connectées à des boisements. A l’intérieur des prairies, il est fréquent de trouver des mares qui font également parties de la structuration de ce paysage. 

Le bocage : histoire et évolution

Le bocage est une structure paysagère ancienne qui a débuté entre le XIème et XIIIème siècle et qui est étroitement associée au développement de l’agriculture. Les cultures céréalières, les élevages ainsi que l’utilisation des arbres pour le bois de chauffage ont entrainé des défrichements importants de forêts. Ce sont ces pratiques qui ont permis de créer les zones ouvertes typiques du bocage.

Un peu plus tard, afin de lutter contre les pâtures intempestives du bétail dans les champs de  céréales (car les vaches n’ont pas vraiment conscience de la propriété privé), les cultivateurs commencèrent à planter des haies pour clôturer leurs parcelles et les protéger.

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L’évolution du bocage a perduré dans ce sens pendant plusieurs siècles mais l’intensification et la mécanisation des pratiques agricoles du XXème siècle ont grandement changé la dynamique de ce paysage.

Le déclin du bocage

Suite à la seconde guerre mondiale, de nombreux bocages vont être dégradés. A cette époque, une majorité d’agronomes se mettent à penser que l’arbre et la haie limitent le développement de l’agriculture. Malgré de vives contestations de la part des agriculteurs installés depuis plusieurs années, les plus jeunes vont quand à eux y voir l’opportunité d’être reconnus pour leur modernisation.

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Représentation de la densité de haies à l’hectare en France en 2006, faisant ressortir les zones actuelles de bocages. (Boissinot et al, 2014)

Ainsi pendant près de 40 ans, les haies du bocage vont subir des arrachages massifs pour adapter les champs aux nouvelles pratiques agricoles. On estime que 40 à 80% des bocages d’Europe sont perdus depuis les années 1960. En France, les haies ont régressé de 45 000 km par an entre 1960 et 1980 soit près de 1 million de kilomètres en 20 ans. Il reste dans le pays moins d’un tiers des haies et des arbres que l’on pouvait trouver entre 1850 et 1910, à l’apogée du bocage.

Quelles conséquences sur la biodiversité ?

L’évolution des pratiques agricoles et ses impacts sur la structuration des paysages bocagers ne sont pas sans conséquence sur la biodiversité. En effet, l’important développement urbain des zones rurales et l’augmentation du réseau routier ont entrainé un découpage du bocage et une perte de connexion dans le réseau de haies.

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Évolution d’un paysage bocager en Gâtine poitevine. Ici 30% des haies ont été arrachées en 50 ans entrainant une simplification du paysage et une augmentation de la taille des parcelles cultivées. (Boissinot et al. 2014)

Ces modifications de l’habitat sont des causes majeures de la diminution de la biodiversité et de la disparition des espèces. Des déclins catastrophiques ont été décrits dans la plupart des groupes de vertébrés, qui font l’objet d’études approfondies depuis plusieurs décennies. Plus de 40% des espèces d’oiseaux associées aux pratiques agricoles sont en périls. Les effondrements de populations concernent souvent quelques espèces, mais ils entrainent en cascade des perturbations au sein des communautés végétales et animales en provoquant une accélération de la détérioration de l’écosystème.

Le rôle écologique des haies

Les rôles biologiques des haies sont complexes et leurs intérêts varient pour les différentes espèces présentes. Elles peuvent avoir un rôle de corridor écologique en permettant aux animaux de se déplacer à l’abri des prédateurs. Elles sont aussi de véritables réservoirs de biodiversité pour les insectes ou les mammifères, comme les chauves-souris, qui trouvent des abris dans les arbres creux.

Les reptiles, comme la vipère péliade, utilisent les réseaux linéaires du bocage (c’est-à-dire les continuités de haies) pour se déplacer, s’abriter ou encore chasser. Les mares sont un lieu de vie permanent pour plusieurs espèces mais aussi un lieu de passage pour tous les autres animaux présents, que ce soit pour s’y abreuver, s’y nourrir ou s’y reproduire comme le font un grand nombre d’amphibiens.

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A gauche : Arbre creux de type « têtard », une rémanence d’une haie disparue d’un système bocager Vendéen. A droite : Mare de bocage, lieu de vie de nombreux amphibiens. (photos : Jérémie Souchet)

Ces différents constats conduisent les politiques, les scientifiques et les naturalistes à mettre en place des travaux de conservation et de mise en valeur de l’importance du bocage pour la biodiversité. Les découvertes scientifiques récentes en écologie permettent de redécouvrir ce patrimoine paysager qui a su associer les activités humaines à un écosystème équilibré et durable.

Loin d’appartenir au passé, le bocage représente peut être notre avenir.

Par Jérémie Souchet

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Sources

Les articles scientifiques sont disponibles sur demande, n’hésitez pas à nous contacter
• Boissinot, A., Braconnier, H., Braconnier, J.-C., Braconnier, H., Braconnier, N., Morin- Pinaud, S., and Grillet, P. (2014). Terres de bocage : concilier nature et agriculture (Editions Ouest-France).
• Baudry, J., and Jouin, A. (2003). De la haie aux bocages: organisation, dynamique et gestion (Editions Quae).
• Lecq, S. (2013). Importance de la structure des haies, des lisières, et de la disponibilité en abris sur la biodiversité, implications en termes de gestion. Manuscrit de thèse de l’Ecole Doctorale Gay Lussac, Sciences pour l’environnement de l’université de Poitiers.
• Perichon, S. (2004). L’impossible reconstruction des bocages détruits. L’Espace Géographique. tome 33, 175–187.
• Tucker, M., and Heath, M.H. (1994). Birds in Europe: their conservation status. BirdLife International, Cambridge (UK).
• Baudry, O., Bourgery, C., Guyot, G., and Rieux, R. (2000). Les haies composites réservoirs d’auxiliaires.
• Verboom, B., and Huitema, H. (1997). The importance of linear landscape elements for the pipistrelle (Pipistrellus pipistrellus) and the serotine bat (Eptesicus serotinus). Landsc. Ecol. 12, 117–125.
• Graitson, E. (2008). Éco-éthologie d’une population de vipères péliades (Vipera b. berus L.) dans une région de bocage du sud-ouest de la Belgique. Bull Soc Herp Fr 128, 3–19.
• Fiorito, S., Cazzanti, P., Rolando, B., Castellano, S., Rolando, A., and Giacoma, C. (1996). Post-breeding dispersal by adult common frog Rana temporaria studied by radio- tracking. Studi Trent. Sci. Nat., Acta Biol., vol 71, 183–189.

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