Biologie végétale

L’orchidée mangeuse d’arbre

Il existe en France plus d’une centaine d’orchidées sauvages. Contrairement aux orchidées tropicales aux racines aériennes et épiphytes prenant appui sur des arbres pour prendre de la hauteur, celles qui poussent sous nos latitudes sont géophytes, c’est-à-dire que leurs racines sont enfouies dans le sol.

Les orchidées et les champignons, une longue association

Si leurs stratégies de reproduction sont assez connues, la manière dont elles se nourrissent reste obscure pour certaines, comme chez la Néottie nid-d’oiseau (Neottia nidus-avis), une orchidée non chlorophyllienne.

Il y a une constante que partagent tous les représentants de la famille des Orchidacées : produire de nombreuses graines, très petites à cause du peu de réserves nutritionnelles emmagasiné par la plante. Elles ne peuvent germer qu’avec une association avec un champignon, qui colonise la graine puis les racines de la jeune pousse. Dans le jargon scientifique, cette alliance porte le nom de symbiose mycorhizienne.

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Germination d’orchidées (excroissances orangées) grâce aux champignons mycorhiziens (filaments). (photo : Mark Brundrett)

Ce genre de symbiose est utile à la plante pour explorer de plus vastes volumes de sol. En effet, elle utilise les mycorhizes, associations de ses racines avec les champignons, pour aller chercher de l’eau plus loin et ce dernier leur fournit également certains minéraux essentiels au développement des plantes. En échange, elle lui donne le fruit de sa photosynthèse : des composés carbonés (grosso modo du sucre et des vitamines).

Mais qu’est ce qui rend la Néottie nid-d’oiseau si spéciale ?

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Hampe florale de Néottie nid-d’oiseau. (photo : Nils Servientis)

Ce qui rend la Néottie nid-d’oiseau si particulière, ce n’est ni la douce fragrance de ses fleurs, ni sa beauté mais bel et bien son mode de vie. Seulement trahie par ses hampes florales qui percent la couche d’humus, sa couleur est en tout point semblable à celle de l’écorce. Ses fleurs sont discrètes, ses feuilles sont quasi-inexistantes et réduites à l’état d’écailles mais elle ne cesse de questionner le botaniste : comment tire-t-elle son énergie en l’absence de chlorophylle, ce pigment indispensable pour la photosynthèse ?

Lorsque les chercheurs se sont penchés sur cette question, ils ont étudié sa symbiose mycorhizienne. Ils se sont rendus compte que de les composés carbonés, fruits de la photosynthèse, transitaient non pas de l’orchidée vers le champignon mais en sens inverse ! Le problème, c’est que les champignons ne sont pas des organismes photosynthétiques, ils sont donc incapables de transformer l’énergie du soleil en sucres assimilables.

Le mariage d’une orchidée et d’un arbre

La Néottie, qui est une espèce forestière, met à profit la photosynthèse réalisée par les arbres pour subvenir à ses besoins. Le champignon symbiotique endosse ainsi le rôle d’intermédiaire entre un arbre, un organisme photosynthétique et indépendant, et une orchidée qui n’est plus autosuffisante. Les sucres transitent des racines de l’arbre vers les racines de l’orchidée en passant par le champignon qui crée un lien durable entre ces plantes.

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Schéma de la symbiose mycorhizienne de la Néottie nid-d’oiseau.

Ce surnom de « mangeuse » d’arbre lui vient du titre d’un des articles de Marc-André Selosse, chercheur spécialiste des symbioses. Cette étiquette traduit un mode de vie proche du parasitisme même si la quantité de nutriments détournés par l’orchidée reste insuffisante pour affaiblir les arbres dont elle se nourrit. Un autre indice qui aurait pu nous mettre la puce à l’oreille sur son aspect parasite, c’est l’extrême simplicité de l’appareil végétatif de la plante. Jean-Marie Pelt mettait en avant que les plantes ayant adopté un mode de vie parasite ont tendance à réduire à l’extrême leurs organes : pas de couleurs, des fleurs discrètes, mais une stratégie hors du commun : simplifier pour mieux innover.

Par Nils Servientis

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Sources :

• Bournérias, M., & Prat, D. (2006). Les orchidées de France, Belgique et Luxembourg. Biotope.
• Pelt, J. M. (2011). L’évolution vue par un botaniste. Fayard.
• Selosse, M. A. (2003). La néottie, une “mangeuse” d’arbres. L’Orchidophile, 155, 21-31.

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